Chasse forcée... (1/4)

Je suis un chasseur. Chaque instant de ma vie est consacré à cette unique activité, mon combat. Tant d'années à sillonner les campagnes, les villes, les mégapoles.
J'ai appris à disparaitre, à n'être plus personne, je n'ai plus d’existence pour l'administration, ni papier, ni empreinte... Je m'excuse si un jour je vous ai fait du tort, en m'introduisant dans votre maison pour vider le frigo, si vous avez perdu quelques salades, tomates ou melons, une poule ou un canard dans votre basse-cour. Mais je ne peux être désolé, c'est une nécessité pour moi, pour vivre, il me faut manger.
Car mes proies ne sont pas comestibles.
Non, mes proies sont des aberrations, des monstres, vivant parmi vous, au milieu de vous. Vous avez peut-être croisé le regard de l'un d'entre eux, partager un repas à sa table ou un verre dans un bar. Une de ces créatures maléfiques...
Elles sont comme vous et moi, d'apparence humaine. Parce que c'est ce qu'elles sont tous les jours. Sauf pendant une seule nuit dans le mois, le monstre se révèle, par la force de la lune.


Je suis un clandestin. Je traverse les frontières avec les migrants, parce que je sais que parmi eux se trouvent les autres clandestins que je traque. Mais peu d'entre eux traversent les frontières. Ils suivent les migrants pour se fondre dans l'ombre avec eux, mais aussi parce que ce sont des victimes idéales.
Rares sont les cadavres qui font l'objet d'une enquête.
Mais parfois, ces monstres sortent du bois et s'attaquent aux fermes isolées :  Les basses-cours, le bétail, beaucoup de nourriture accessible. Et il arrive que le fermier soit vigilant.
Ce soir là, j'aurais préféré dormir. Je faisais mes comptes et j'ai entendu les poules s'agiter.
J'ai pris mon fusil, sûrement un renard qui rôdait autour du poulailler. Mais ce que mes yeux ont distingué, fracassant la paroi de l'abri et se jetant sur les poules était bien plus gros qu'un renard.
La créature était sur ses 2 pattes arrière, une ombre de grande taille avec des épaules très larges. La forme de la tête ne ressemblait pas à un homme ! Des oreilles pointues et un long museau.
Je n'ai jamais cru aux histoires de loup-garou, et à cet instant là j'en doutais encore. J'ai épaulé mon fusil et tiré deux balles, qui ont frappé l'individu dans le dos. La bête s'est retourné et j'ai vu ses yeux. Mes balles semblait n'avoir eu aucun effet. Sauf déclencher la fureur de cette créature. J'ai vu ma mort dans son regard. Alors j'ai couru, vers la ferme, pensant à ma femme et ma fille endormies.
J'entendais la course du monstre derrière moi, j'ai accéléré et je suis tombé. 5 m de chute, dans la fosse à purin. Le loup s'est arrêté au-dessus de moi, j'ai à nouveau croisé son regard perçant.
Le souffle coupé, j'attendais qu'il saute dans la fosse, se jette sur moi.
Mais à cet instant, la ferme s'est éclairée. Le loup a levé la tête, le museau en l'air et je l'ai vu bondir vers la lumière. J'ai hurlé, je me suis battu pour m'extraire du purin, mais c'était pire que des sables mouvants. J'ai entendu deux cris et plus rien. Je savais que tout était fini. J'ai attendu que le loup revienne pour me prendre aussi. Mais rien. Je suis resté seul au fond de la fosse jusqu'au petit matin.
Ma vie de père, de mari et de fermier s'est arrêtée cette nuit-là, il y a 10 ans. J'ai alors endossé la peau du traqueur.


La traque ! Il est très difficile de débusquer ces monstres. Dans les fantasmes d'un journaliste, convaincu d'avoir enfin le scoop, la preuve de l'existence des lycaons, il arrive parfois que la vérité se niche dans l'article qu'il vient d'écrire. Malheureusement, si l'histoire est publiée, alors le loup est déjà parti. Il a changé de région, de ville. Reste les histoires de bêtes éventrées par un monstre la nuit de pleine lune.
On arrive donc trop tard. Et il faut attendre un mois de plus avant d’espérer tomber sur un autre fait divers du même genre. Et avoir beaucoup de chance, pour se situer à proximité. Beaucoup de chance. C'est grâce à elle que j'ai pu me venger. La chance !
Je prenais une douche dans une piscine municipale, quand on a quelques sous, c'est le moyen le plus simple de pouvoir se laver et se soigner.
En sortant de la cabine, un homme bien musclé se rinçait. Sa carrure, sa stature, il pourrait être un de ces monstres. Je l'observais discrètement, avec ce doute, l'instinct du chasseur. Mais je me suis souvent trompé... Et lorsqu'il se retourna, j'ai eu un choc. Deux cicatrices légères mais visible, deux impacts de fusil gros calibre en plein milieu du dos. Les deux impacts de mon fusil, j'en mettrais ma main à couper.
Je réprimais ma colère, mais la certitude me gagnait. Il me fallait un signe, une preuve...
Je sortais de la piscine, le froid de l'hiver me saisit. en scrutant le parking pour essayer de deviner quelle voiture pouvait bien conduire ce genre de gars. Ils n'en n'ont pas, d'habitude, pas plus que moi, trop reconnaissables et traçables. Par contre, une moto ! La plupart des gens ne savent pas distinguer une moto d'une autre moto, et en effet en voilà une, sans plaque légale.

J'avais peu de temps pour m'en procurer une, j'enfourchais celle dont le moteur semblait le plus chaud, le propriétaire venait sûrement d'arriver à la piscine, ce qui me laissait un peu plus de temps avant que la moto ne soit recherchée. Peu habitué à voler ce genre d'engin, je farfouillais les fils comme je pouvais. Ça devait bien démarrer comme une voiture ce truc, mes fils sont en contact ! Le kick, bon sang, bougre d'idiot. Ma cible sortit de la piscine au moment où j'actionnais le kick avec succès. Il lança un regard de mépris à la moto que j'avais choisis, un trail, alors que lui chevauchait une belle Harley... Je sortais du parking avant lui, choisis une direction en espérant que la chance me sourit toujours. Et ce fut le cas. Il me doubla après une centaine de mètres sans même un regard.
Tant mieux ! Je restais à distance, et je l'ai suivi jusqu'à chez lui. La petit maison, au bord de l'eau, était sûrement une résidence secondaire comme toutes les maisons autour, elles étaient fermées.
Je laissais la moto un peu plus loin, et j'ai remonté la rue à pied.
La porte de la maison avait été fracturée ce qui confirma la clandestinité du gars. Encore un signe qui levait un doute. Dans une semaine, la lune sera pleine. Je n'avais qu'à patienter pour reconnaitre le loup qui a brisé ma vie et me venger. Ou bien je coincerais un monstre de plus qui ne pourra plus faire de mal. Une semaine !

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